Lorsque l’on parle anecdotes villageoises au moins une se rapportant aux boules semble indispensable. La partie dont nous faisons état s’est jouée au début des années 1970 à La Barque. Pendant cette décennie, un immuable concours nocturne « à la mêlée,  deux joueurs trois boules » se jouait le samedi soir sitôt que revenaient les beaux jours. Sur les une heure du matin, deux équipes se retrouvent en finale Masia (corse de Ghisonnaccia, passionné entre tous) associé à Michel (c’était son nom, ouvrier agricole originaire du hameau des Michels) ils étaient opposés à un habitué surnommé Pintade (de Gardanne ou de Meyreuil) associé à Choual un émigré d’Algérie solitaire bien aimé de tous à La Barque. La partie se jouait devant la station service dont le terre-plein n’était pas goudronné à l’époque. 12 à 12! Michel pointe et « embouchonne », Pintade n’a que deux boules en mains face à Masia qui en a encore trois mais devant la situation le gardannais est obligé d’y tirer. Il frappe comme d’usage mais le bouchon va se planter quinze mètres plus loin au milieu de la route, en l’occurrence la RN96 et la boule de Michel suit le bouchon à cinquante centimètres environ. Vous me suivez ? Le bouchon est donc à plus de vingt mètres du cercle mais il n’a pas touché d’obstacle et il est visible car dans le croisement la route est éclairée. Palabres ! Pintade qui n’a plus qu’une boule en mains avec un bon point à reprendre à plus de vingt mètres demande que la mène soit annulée et Masia dans une situation plus que favorable, point quasi imprenable et trois boules en mains soutient que l’on doit jouer. Palabres, encore palabres on prend à témoin la galerie, on évoque tous les points du règlement que personne ne détient en y mêlant le code de la route, la déontologie sportive voire la philosophie. Au bout d’un quart d’heure d’affrontements verbaux les deux équipes conviennent de laisser la décision au président Jean Magraner qui attend la fin du concours dans le bar en sirotant quelque alcool de circonstance. Dans un état que certaines morales eussent réprouvé il décide péremptoirement : « On va au bout ». Pintade est obligé de s’exécuter à contrecœur . Il joue la boule de la dernière et minime chance et c’est l’exploit historique : il embouchonne au milieu de la route sur le goudron ! Masia fou de rage tire trois fois et manque ce qui est bien normal à cette distance. La fin de l’histoire, c’est que Pintade et Choual, fiers de leur authentique exploit, n’ont pas encaissé l’indemnité due aux vainqueurs et ont payé deux tournées générales.

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