Voici la copie de l’article paru dans le journal local « Lou troumpetaire » n°13 de janvier 1984.

Partant de la RN96 au niveau de l’ancien pont de chemin de fer sous le puits Lhuillier, le chemin des Vertus rejoint la route de Belcodène. Rassurons tout de suite les prudes, on ne perdait rien sur ce chemin, son histoire est plus originale.
Il nous faut remonter au temps de Louis XIV, venant d’Italie, une nouvelle tradition pieuse s’installe en Provence, ce sont les Pénitents. Ces confréries de laïcs s’obligent à de fréquents exercices de piété, la pratique des vertus et un grand respect du culte des morts. Leur aube de toile grossière à cagoule pointue leur confère un original anonymat.
A Fuveau, un groupe de pénitents blancs naît en 1648, l’abbé Chaillan a conté leur histoire dans son livre « Recherches archéologiques et historiques sur Fuveau » et une partie de leurs archives est conservée au presbytère.
Lors de certaines fêtes religieuses (Sacré-Coeur, Fête-Dieu) ils partaient en procession, décrivant de larges boucles autour du village allant pieds nus et chantant le plus souvent « Jésus siègue lausa », Jésus soit loué !  Ils portaient à cette occasion, soit des reliquaires, soit d’impressionnants bâtons de marche sculptés ou surmontés d’une lanterne . Après s’être rendus à la chapelle Saint-Michel, ils passaient entre autres par ce chemin qui a conservé leur souvenir dans la mémoire locale.

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Une précision : le chemin des Vertus, par suite d’achats et autres est devenu récemment impasse des Vertus. On peut légitimement supposer qu’à l’origine il s’étendait au-delà de ses limites actuelles. Écrit vers 1850, un témoignage de Pierre Joubert, le prêtre qui est à l’origine de notre église actuelle nous éclaire sur les Vertus et sur ce chemin.
Le jour de l’Ascension, la première messe est dite dans la paroisse à six heures précises. La procession part de l’église à sept heures, on porte à cette procession, la croix, les bannières, la Sainte Vierge. Les congréganistes habillés de blanc y assistent ainsi que les pénitents et la musique.
« La procession passe devant la maison curiale, descend vers les murs de Monsieur Blanc, arrive au pont du Riéret, prend le chemin de Masse, le quitte pour prendre le sentier des Vertus, tourne la montagne de Saint-Michel et arrive à la chapelle du côté du levant de la montagne. Les trois bénédictions sont données la première à la croix de Masse, la deuxième à celle qui se trouve au chemin de Belcodène la troisième enfin devant la chapelle.
Après la messe, on bénit la campagne, la procession se remet en marche en faisant le tour de la chapelle, le choeur chante alors le « Libéra ». Il y avait là autrefois un cimetière. On revient à la paroisse en passant par le cours.
Autrefois on portait à cette procession un caisse en forme de grand reliquaire appelée les Vertus. Les personnes chargées de porter cette caisse la plaçaient à la tête de la procession et à certains endroits marqués pour cela, elles s’arrêtaient, relevaient les brancards et tout le monde passait dessous en baisant les étoles qui en pendaient. Cela n’a pas toujours eu lieu parce qu’on manque souvent d’hommes de bonne volonté pour porter les Vertus cependant cet usage était très populaire. »  

Pour mémoire, voici les deux derniers pénitents de Fuveau : Fidèle Barthélémy, chantre et sacristain, Richard Michel, chantre, avec leur bâton de pénitent.

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