
Aucun rapport avec un quelconque volcan ou geyser non plus qu’avec la mine mais cette émission de vapeur que peuvent apercevoir au milieu d’un champ tous ceux qui vont de Châteauneuf à Fuveau les matins d’hiver a une histoire. Il s’agit de l’effondrement d’un conduit qui menait l’eau, le précieux liquide du Grand Vallat jusqu’aux champs situés plus à l’ouest de l’autre coté de la butte. Ceux qui cultivaient la terre dans ce quartier auraient pu être alimentés par les eaux de la Grand’Bastide mais les gens du lieu ne l’entendaient pas ainsi.

Ci-dessous la copie intégrale d’un message adressé par Marcel Dellasta le 04 juillet 2004 qui éclaire particulièrement bien le sujet.
Les Fumerolles
Mon père était un maraîcher. Avec nous, les quatre frères, en 1939 il quitta un mas que nous avions à Saint-Rémy-de- Provence pour venir travailler à la mine et se rapprocher de sa famille mais pour un paysan qui a toujours vécu au grand air, descendre au fond d’une mine dans l’obscurité ne lui convenait pas. Il cherchait une bastide, lorsqu’il apprit qu’il y avait celle des Monnier qui devaient partir pour la Saint-Michel en 1940. Cette bastide est située dans les plans juste derrière celle de Monsieur Faure dit Vincent Flo; Elle avait des terres à l’arrosage, trois hectares environ, espace suffisant pour un maraîcher. Il n’hésita pas une seconde pour pouvoir reprendre son métier. En septembre 1940, nous étions tous à la bastide, pas très loin de celle de ton grand-père Léopold Silvy, que j’ai bien connu. Je le revois fondre une vielle luzerne juste derrière notre bastide, avec 6 chevaux et une charrue allemande numéro 16. Thomas Dutto, son fidèle ouvrier était très jeune à cette époque. J’ai vu aussi le premier tracteur avec les roues montées avec sur pneus que ton père avait acheté, c’était une petite révolution agricole. L’eau venait du Grand Vallat, quartier de la Potasse, au lieu dit « la cascade ». Au coin de la bastide de la Potasse il y a une martelière, qui existe toujours, elle servait à canaliser l’eau vers la bastide mais il y avait bien des années que personne ne s’était servi de ce moyen d’arrosage. A la cascade le niveau de l’eau était trop bas pour quelle puisse entrer dans le tunnel. Mon père nous fit faire un petit barrage de la hauteur de deux agglomérés environ pour rehausser le niveau.
Nous avions droit à cette eau à une condition : que la coopérative vinicole ne s’en serve pas. Mon père s’était mis d’accord avec le gérant qui à l’époque était René Booz. Il n’y a jamais eu de problèmes pour l’avoir. A certains moments de l’été, la coopérative avait besoin de l’eau presque tous les jours de la semaine, le soir vers les 5 heures un de nous allait ouvrir la martelière, l’eau mettait environ 3 heures pour venir à la bastide, nous arrosions souvent la nuit. Pour nous éclairer nous avions des lampes au carbure. Il y avait des périodes où nous arrosions dans la journée, a l’origine cette eau devait servir aussi pour arroser les terres de la bastide de Faure et de Pontier mais comme c’était nous qui les menions, il n’y avait pas de problème de distribution.
Parlons du tunnel. De la martelière au commencement du tunnel il y avait environ 30 mètres, l’eau était conduite par une canalisation en pierres, le tunnel commençait un peu avant la butte de la route, pour sortir à environ à 100 mètres de la bastide de Faure. A partir de la sortie du tunnel, l’eau était conduite aussi par une canalisation jusqu’au coin de la bastide de Faure, juste sous l’aire de Pontier, nous arrosions de ce coin et toutes les terres en limite en des terres de ton grand-père au Nord de la bastide. Entre l’entrée du tunnel et la sortie, il y a deux grandes dalles de pierres pour une visite éventuelle. La première est presque au centre du champ du père Cérutti , enfouie sous la terre, je suis sûr que le père Cérutti ne savait pas qu’il y avait une dalle sur cette parcelle qui à l’époque était une vigne, encore moins qu’il y passait un tunnel, ce champ est aujourd’hui cultivé par Jean-Jacques Malet. La deuxième se trouve guère plus loin dans le même alignement entre le pylône haute tension et la rive du chemin de Tratra, quel nom ! Elle a disparu sous une couche de terre mais en ce temps-là elle était visible. A l’époque les labours étaient superficiels, alors que de nos jours les grosses charrues descendent de plus en plus profond, c’est pour cette raison que Jean-Jacques a accroché la dalle de visite. Juste à ce moment là, nous revenions avec ma femme de faire la provision d’eau à la Grand’Bastide, j’ai vu la dalle soulevée, il y a comme une cheminée carrée en pierre, de 50 centimètres de côté, le tunnel se trouvait à environ 3 ou 4 mètres de profondeur Lorsque nous avons pris possession de la bastide, la première chose que mon père a faite, était de voir l’état du tunnel, car il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas servi, mes frères Marius et Paul l’ont parcouru d’un bout à l’autre muni de lampes à carbure, il était en bon état, sauf un peu de limon à quelques endroits qu’il a suffi de niveler, c’est là qu’ils se sont aperçu des deux cheminées au-dessus de leurs têtes fermées par une grosse dalle de pierre. Pour mon compte personnel je ne suis jamais entré à l’intérieur car mon père nous l’avait formellement interdit, mais nous avons fait quelques mètres en cachette avec mon frère Noël, d’où nous sommes vite ressorti à cause de la peur de l’obscurité. Il est fait en pierres, deux pieds droits et une voûte, je ne crois pas qui à était percé comme une galerie de mine vu la mince couche de terre qui aurait provoqué un éboulement, je crois à une tranchée recouverte une fois le tunnel terminé, mais à quelle époque, mystère ? Voilà les détails sur le tunnel découvert par la charrue de Jean-Jacques Malet, qui l’hiver fait des fumerolles.
Marcel Dellasta

Et ci-dessus, l’état actuel de la prise d’eau qui alimentait ce quartier.